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Historique de l’Association

Les sessions d’Hébreu Biblique : le texte biblique et ses commentaires accessibles à tous

Les dix premières années : un pari réussi

L’hébreu biblique pour tous

Le vendredi 27 mars 1959, commence, à Chartres, une aventure qui n’est toujours pas terminée : le Père Jacques Maigret, professeur au séminaire des Oblats de Marie Immaculée (ordre missionnaire) en l’abbaye de Solignac, met en place la première session d’hébreu biblique. Durant ces vacances de Pâques, il propose deux sessions : la première pendant le week-end des Pâques chrétiennes, du vendredi 27 mars au lundi 30 mars, et la seconde immédiatement après, du lundi 30 mars au vendredi 3 avril.

Père Jacques Maigret

Le prospectus publicitaire annonce que :

« La session a pour but , en trois ou quatre jours :
1° - D’apprendre à lire à ceux qui ne savent rien
2° - D’apprendre à traduire à ceux qui savent lire
3° - D’apprendre à interpréter à ceux qui savent traduire »

Il est secondé par (entre autres) le Père Auvray, professeur au scolasticat de l’Oratoire et M. Horowitz, secrétaire général et fondateur de l’Institut de la Connaissance Hébraïque à Paris. A part Maurice Horowitz qui est juif, tous les collaborateurs de Jacques Maigret sont des religieux catholiques comme lui et sont des biblistes confirmés, anciens élèves de l’Ecole Biblique de Jérusalem comme le P. Maigret. Le P. Auvray est l’auteur d’une Initiation à l’Hébreu biblique, parue en 1955.

Dès son premier essai, le Père Maigret ne réserve pas ses sessions aux seuls prêtres, séminaristes ou religieuses mais il accepte tout le monde à ses cours. La première session ne rassemble que 26 participants, mais la seconde compte 90 sessionnistes. Un tiers sont des laïcs. Le Père Maigret renouvelle l’expérience l’année suivante et organise deux autres sessions, toujours à Chartres et toujours durant les vacances de Pâques : en avril 1960. Elles réunissent 109 participants. Et dès lors, chaque année le Père Maigret consacre ses vacances de Pâques à ces sessions puis, très rapidement, il leur réserve une part de ses congés d’été. Enfin les sessions se déroulent aussi hors de France : en Italie, en Belgique, en Suisse. Il met en place un voyage en Terre sainte (1965).

Le Père Maigret peut écrire, satisfait : bilan du 11 mai 1961 (3e année) :

« Dois-je vous avouer que ce n’est pas sans une réelle émotion et une certaine fierté que j’ai relevé la liste de vos 189 noms, représentant tant de professions, tant de milieux, de régions, surtout tant d’amour de la Bible et d’Israël ? Les sessionnistes de Chartres, de Paris, de L’Arbresle forment aujourd’hui, après trois années, une grande famille de plus de 400 personnes animées d’une même ferveur pour la Parole et le peuple de Dieu ».
« Je sais tels sessionnistes qui ont traversé la plus grande partie de la France en stop, pris des repas froids durant toute la session pour apprendre un peu d’hébreu durant leurs vacances de Pâques ; tels séminaristes soldats y ont consacré une partie de leur permission ».

En 1961, les soldats font encore la guerre en Algérie. Désormais, les sessions adoptent un rythme qui a peu changé depuis : Pâques, été, Toussaint et/ou Noël, en plus des week-ends ou des dimanches, parisiens le plus souvent.

L’année 1963 marque un tournant dans l’œuvre du Père Maigret. En effet, encouragé par le succès de ces sessions, il se décide, avec ses premiers collaborateurs, de fonder une association selon la loi de 1901. L’assemblée constitutive se réunit, le 11 janvier, au domicile du professeur Maurice Horowitz qui accepte de prendre la présidence tandis que le fondateur des sessions assurera le secrétariat. Le comité de direction est fort de vingt membres : 12 chrétiens (catholiques et protestants) et 8 juifs.

Israël parmi les chrétiens

L’enseignement de l’hébreu biblique n’était pas le seul objectif du Père Maigret, il espérait aussi donner, aux chrétiens, la connaissance d’Israël : Israël en tant que peuple, Israël en tant que religion, Israël en tant que nouvel Etat. En pénétrant dans la Bible, les sessionnistes pouvaient découvrir le peuple du Livre, dans son passé et dans son présent.
Nous sommes en 1963, mais avant le texte de Nostra Ætate de Vatican II, qui réfute l’antijudaïsme dont l’Eglise s’est longtemps nourrie. Il est secondé par les sœurs et les pères (P. Hruby) de ND de Sion qui se sont donné pour tâche de rapprocher les catholiques du judaïsme et qui font partie des enseignants et conférenciers. Des sessions se déroulent dans leurs établissements.

Un peu plus tard, le P. Maigret élargit le cercle des personnalités qui le soutiennent : les PP. de l’Ecole biblique à Jérusalem, le P. Congar, le P. Cazelles de l’Institut catholique de Paris, les professeurs Edmond Jacob et André Neher de Strasbourg, Henri Marrou, Jacques Madaule, président des Amitiés Judéo-Chrétiennes de France et plusieurs évêques de France ou de Belgique (Feltin, Elchinger entre autres). Des enseignants israéliens participent également aux sessions (Avraham Ben Meïr puis Aryeh Yass).

Les thèmes des conférences portent sur : le judaïsme ou l’Etat d’Israël, la liturgie juive ou les fêtes juives, la littérature juive autre que la Bible. Parfois, les sessionnistes sont reçus à la synagogue du lieu de la session, par exemple à Paris où le rabbin Josy Eisenberg présente la synagogue de la Victoire, en 1963, ou à Strasbourg, en 1962, avec Lucien Lazare.

« Le dialogue judéo-chrétien tira un large profit des sessions d’hébreu » (Compte rendu de la session de Paris, Pâques 1962, par le Dr. S. Beurois, Bulletin de la société médicale, Saint Luc, Saint Come, Saint Damien, n° 8, sept-oct 1961, pp. 435-436).

Pionnier ? Original ? Qu’était le P. Maigret ?

Enseigner l’hébreu n’était sans doute plus novateur, en 1959, mais faire en sorte que tout chrétien ait accès au texte de l’Ancien Testament non trahi par une traduction aussi bonne soit elle, cela fut réellement pionnier. Le Père Maigret se souciait de pédagogie. Les sessions se déroulaient souvent dans une ambiance gaie avec une animation de chants et de danses. Il voulait en finir avec les clichés d’un hébreu difficile et rébarbatif. Il fallait apprendre dans la joie et la facilité, une sorte de bonheur hassidique semblait s’emparer de lui dès lors qu’il transmettait ce qu’il savait de la langue biblique.

En 1969, le P. Maigret organise une fête pour le dixième anniversaire des sessions d’hébreu, avec le groupe de danses des Cantarelles.

Une quarantaine d’années avec ses moments fastes et ses moments difficiles

Dix ans après la première session, l’œuvre du P. Maigret continue de prospérer. Les sessions se déroulent dans une atmosphère interconfessionnelle et de grande amitié entre les sessionnistes. A partir de 1970, une semaine internationale d’études juives se déroule en été à l’abbaye de Sénanque, en plus des sessions d’hébreu et le P. Maigret obtient la collaboration d’Armand Abecassis. Pour des raisons financières, le P. Maigret finit par abandonner la semaine internationale qui ne disparaît pas pour autant et devient l’association DaVaR.

En 1985, s’opère un tournant. Suite à de sérieux ennuis de santé, le P. Maigret met en place une équipe qui doit prendre le relais. Jean-Marie Delmaire (professeur d’hébreu à l’université de Lille 3) devient président de l’association et le P. Maigret est nommé directeur général. L’association se restructure pour consolider son organisation et son but se concentre davantage sur l’enseignement de la langue hébraïque ; les études juives sont laissées de côté car l’association DaVaR s’y consacre.

Le changement réussit puisqu’à partir de 1987-1988, le nombre des sessionnistes augmente régulièrement. A partir des années 1990, l’équipe de professeurs réunis autour de Jean-Marie Delmaire dispense donc un enseignement de la langue durant les sessions d’été et une session en hiver, ainsi qu’aux dimanches d’hébreu (un dimanche par mois) à Paris et à Lille.

Le P. Maigret décède en 1996 et, peu de temps après, Jean-Marie Delmaire disparaît à son tour (décembre 1997). Bernard Dercle, qui siégeait depuis plusieurs années au bureau de l’association, lui succède durant une dizaine d’années. Depuis 2007 jusqu’en 2014, Danielle Delmaire assure la présidence. Pierre Gellion lui succède à son tour en Juin 2014.

Durant ces vingt dernières années, bien des nouveautés ont enrichi les activités de l’association : une journée pédagogique (une fois tous les deux ans) a été mise place pour permettre un échange entre professeurs une fiche de progression pédagogique a été élaborée pour aider les sessionnistes à bien choisir leur niveau ; grâce à Pierre Granier et Marie-Jo Balme, un memento grammatical a pu sortir sous forme de fascicule très clair et simple. Enfin, les dimanches d’hébreu s’accompagnent depuis peu de cours sur la Michnah et les Midrachim. De nouvelles sessions ont été ouvertes : une initiation à l’araméen biblique et une session de découverte, à Pâques, est suivie par des personnes intéressées qui veulent seulement découvrir la langue biblique.

(par B. Dercle, D. Delmaire, M-S Hellegouarch)
D’après les archives de l’association.